Pour vous, mes parents…
C’est la Toussaint.
Je vais au cimetière, comme chaque année, la seule fois de l’année.
J’y vais pour que votre tombe ne soit pas la seule sans fleurs.
J’y vais parce que ce lieu est tranquille, à l’écart du village, dans une nature lumineuse.
J’y vais quand je suis sûre de n’y rencontrer personne.
A d’autres moments, je pense à vous, parfois, mais tout est voilé.
Je sens confusément comment j’évite certaines blessures.
Pensée magique qui croit effacer par l’oubli.
La perte de mémoire m’a protégée.
Mais cette année c’est différent.
Depuis quelques jours je sens un creusement que je n’identifie pas.
Par facilité je le nomme fatigue.
Peut-être aussi pour ne pas réveiller des démons assoupis,
Si longtemps combattus, sans réelle victoire.
Démons auxquels je ne veux plus, je n’ai plus besoin de me référer.
Je vous apporte des fleurs.
Sur le chemin du cimetière une pensée monte en puissance comme une évidence.
PARDON : Je sens ce pardon au plus profond de mon cœur
En accueil et en offrande.
Oui, c’est cela, le temps d’un VRAI pardon,
Libérateur, apaisant pour vous, pour moi.
Pour enfin pouvoir aimer.
Mon cœur s’affole, ma poitrine s’ouvre.
Il me restait des larmes d’amour pour vous,
et je ne le savais pas.
Je vous délivre, je me délivre du poids de ces déchirures.
Et je flâne au milieu des tombes
Où des noms, des photos réveillent ma mémoire.
Je retrouve des êtres qui ont nourri mon enfance, ma jeunesse.
Des souvenirs heureux relégués dans l’oubli avec les douleurs.
Sans discernement, en protection extrême.
Une paix profonde m’envahit.
Un pas de plus vers la gratitude, vers la réconciliation.
Une sensation de plénitude.
PARDON,
MERCI.
OUI……..JE VOUS AIME. Amaji