Dans la légende, avant que le monde soit habitable, Nout la ciel était collée en fusion à son époux le terre, Geb. Autour de cette fusion, le chaos, comme le désert autour du Nil, et pas d'entre deux, aucun espace de vie pour y respirer. (pas d'irrigation fertile)

Alors le souffle s'est levé, Shou, le vent, leur père, a tranché, et soulevé Nout au firmament. Elle reste reliée, pieds enracinés dans la terre et amoureuse, les mains effleurant  l'aimé dans un désir qui surgit du « manque », le frisson de la Vie « spanda » pour le shivaisme cashmirien...

Cet espace c'est le cosmos où vivre est possible, il est « quadrillé » par les axes horizontaux et verticaux et rythmé par les cycles . Le soir, Nout avale le soleil qui se promène dans son corps, gestation secrète, passage au noir, et elle donne naissance chaque matin à l'astre qui surgit de son utérus. Elle avale alors les étoiles qui se naviguent dans son ventre, C'est notre voie lactée, le lait de l'alma mater qui nourrit les vivants. Ces étoiles sont aussi les soeurs de celles qui naviguent dans le chaos extérieur, comme si les anciens savaient que  notre galaxie est juste un monde parmi les nébuleuses...

Etoiles à 5 branches signe de l'humain qui incarne l'infini...

De cet archétype puissant, nous sommes invités à être réceptacles et émetteurs, humbles et fermes serviteurs...

La Liberté : SHOU (dieu de l’air)  NOUT (déesse du ciel) GEB (dieu de la terre)

Qu’est-ce que la liberté et quelles sont nos prisons, nos enfermements, nos enfers ?
Nous sommes très peu libres, contraints par énormément de limites. Par exemple j’aimerais bien voler, pouvoir voler vers vous, avoir le don d’ubiquité, …. Ce n’est pas possible.

Il y a donc  les limites, les frustrations, les précautions, l’équilibre à trouver avec le risque, le possible et la prudence. Nous ne sommes pas "libres" si par là on entend "tout puissants". La vie se charge de nous le rendre évident. Ne serait-ce que par notre corps soumis à la maladie qui peut gravement nous handicaper. Ses capacités sont limitées, il est dans un processus de  vieillissement et promis à la mort. On peut se retrouver incapable de marcher, de parler… Je ne développe pas , tout le monde le sait.    Et puis,  en ce moment, il y a toutes ces restrictions que nous acceptons plus ou moins bien. . .

C’est un petit peu comme dans la danse du  Samsara, nous sommes en train de jouer notre partition. Nous tournons sur un rayon , mais reliés au Centre. Et il y a des personnes « éveillées », des saints, qui ont trouvé une profonde liberté au fond de leur grotte, complètement confinés, voire emmurés, parce que toutes les pratiques existent. Je fais allusion à François d’Assise qui a été enfermé, et d’ailleurs ça lui a coûté la santé, pendant un an à peu près, dans une prison très dure, quand il avait une vingtaine d’années, à Sri Aurobindo quand il a été interné par les anglais, à Nelson Mandela…En fait ils ont trouvé une liberté à l’intérieur, reliés à l'essentiel et nourris  par un "cadre " de vie choisie. On pourrait dire un cosmos, le dharma.

Un mythe égyptien illustre bien cela, le passage du chaos qui nous dépasse à l'ordonnance d'un cosmos où nous pouvons construire en abscisse et ordonnée.

Je fais allusion à Nout, à Shou Nout 
En Egypte SHOU  est le vent, l’air que l’on respire et qui sépare la terre et le ciel, plus exactement pour parler comme eux, le sol et la voûte céleste. NOUT est une déesse par le corps duquel passent les étoiles et le soleil. Pendant le jour elle digère les étoiles, elle les a avalées par la bouche et le soir elle les renvoie dans le ciel par son sexe, elle accouche; et à l’inverse, le soir,  elle avale le soleil et il traverse son corps dans le secret, dans ce que l’on ne voit pas, l’invisible, et elle accouche du soleil tous les matins. On l’a représentée par la voie lactée. Alma Mater. La ciel comme un pont coupole qui empêche de tomber dans le vide chaotique. Le terre, GEB, époux aimé, désiré, soutien de tous les êtres qui organisent la vie humaine et ses heures dans une ordonnance géométrique qui ressemble aux mandalas. Un lieu où vivre ensemble est possible et béni.

C’est très important parce qu’il y a cette idée de cycle. Cycles où nous sommes impuissants si nous ne rentrons pas dans le flot tel qu’il est .Si nous allons à contre-courant, d’abord nous allons toujours perdre, mais surtout nous allons souffrir dans notre résistance à Ce qui EST. Toute résistance à Ce qui EST nous fait souffrir.
Et la grande liberté pour les mystiques est d'accepter profondément Ce qui Est. Mais adhérer profondément à ce qui est proposé n’est pas accepter n’importe quoi. Mandela, François d’Assise et Aurobindo ont beaucoup combattu pour la liberté, dans le sens de la liberté de l’âme, l’épanouissement de l’être.
Ils n’ont pas été des « mous » qui s’écrasent dans leur dépression.

Donc nous avons 2 pratiques avec SHOU. Puis en alliance avec NOUT.
Celle où l’on dessine l’axe horizontal et l’axe vertical et où l’on se situe, et en se situant on peut faire opposition, on peut refuser. C’est-à-dire que le premier Shou  est un mouvement en croix sur une expiration décidée, la deuxième est très rapide, on dessine 3 fois une croix, parce que dans l’insistance même on dit « mais non, mais non, je n’accepte pas, je fais opposition à cela qui est lamentable, qui est immonde » On se retrouve comme un chevalier, comme un disciple de St Michel Archange. Ayant pris notre épée, notre bouclier. Et puis la 3ème fois est très tranquille et assurée. On dessine l’abscisse et l’ordonnée et ça dit « voilà là je pose ça » . Cela qui est posé est la base avec laquelle nous pouvons vivre. On le connait bien dans l’éducation des enfants par exemple. On sait combien les enfants sont rassurés d’avoir des contraintes éclairées mais solides. Il faut vraiment que ce soit clair : non, oui, quand…etc.

Mais au-delà du psychisme cela nous ramène à NOUT parce qu’ elle dessine un cosmos entre le ciel et la terre, parce qu’elle a son appui sur la terre qu’elle aime:  GEB, son  époux frère jumeau parce que c'est un couple primordial de l'origine du monde.Elle caresse la terre de ses mains et c’est l’union aimante, amoureuse des paradoxes, des opposés, pas seulement du yin et du yang, de tous les paradoxes, de la dualité, qui fait que l’on peut créer un cosmos, le contraire du chaos.
Actuellement, dans l’actualité, toutes les incertitudes, tous les soupçons, pas forcément illusoires, de mensonges ou de demi-mensonges créent une espèce de chaos. On ne sait plus sur quoi compter, sur quoi s’appuyer. Nous sommes dans l’incertitude. Pour que le chaos ne soit pas, il faut que ça devienne un cosmos, quelque chose, d’ordonné, de circulaire et en croix comme les mandalas, ou comme les auréoles des saints, ou comme dans le prologue de l’évangile de St Jean on dit que le Logos, le Verbe de vie,  est venu et du coup ça a créé un monde où vivre. Donc c’est très important que nous puissions aimer et accepter profondément notre situation, notre cosmos avec ces alignements, avec ces abscisses et ces ordonnées, avec ces constructions, par exemple du temps.
Les égyptiens avaient créé le compte du temps. Ils avaient conscience que c’était dû à l’union et en même temps à la non fusion entre les opposés qui s’épousent, «les  oppousés », les époux, le ciel et la terre.
Nous devons vivre sur terre, bien tracer, délimiter le possible dans l’impuissance.
Bien tracer et en même temps se tourner vers les pôles tout en bas et tout en haut. Cela rejoint le mudra « dédier ».
On dit que NOUT est soulevée en faisant une poussée des mains et des pieds (ça fait un pilier aztèque avec des lignes qui se coupent à angle droit).
Elle est soulevée et nous nous avons aussi à soulever beaucoup de choses, en particulier à soulever nos enfermements intérieurs,  ce qui nous met en prison. C’est d’un côté la peur, les restrictions, la peur de vivre, la peur de mourir aussi évidemment, mais aussi les rabâchages, les ruminations constantes et tous les processus de répétitions qui sont très bien étudiés (Freud  compulsion des répétitions…) et nous savons que dans nos cycles nous répétons des situations. Nous les répétons, mais si notre conscience (Cit) s’éveille, le fait de voir que nous les répétons, nous ne sommes plus enfermés. Et même nous pouvons faire un léger pas de côté qui fait que ça crée une spirale (du mot respire).
Respire : un seul souffle peut nous délivrer. Tout d’un coup on s’aperçoit que l’on était en sous respiration, physiquement, en apnée parfois mais pas que ça, en absence d’un souffle, d’être relié au Souffle divin, au Souffle de l’infini.
S’IL n’est plus là, si nous sommes enfermés dans une boite, il n’y a plus le mouvement de NOUT qui avale et qui accouche, le mouvement des cycles,  toute la chorégraphie de la vie.
En ce moment c’est vraiment comme une danse avec des rythmes parfois endiablés souvent rapides puis avec des ralentissement où il faut tout le temps garder l’équilibre et changer d’appui. On ne peut pas dire, et en ce moment c’est très très net, car on a cassé l’illusion de toute puissance, que tout allait aller bien toujours de mieux en mieux, en expansion…
On sait que l’actualité de ce jour n’est pas celle d'hier; Les règles imposées aujourd’hui ne sont pas celles de demain. Et ça va changer et presque personne ne sait rien et comme on est bousculés on reprend les fameuses étapes d’acceptation d’épreuves comme les étapes avant la mort analysées par E Kubler Ross.
D’abord on ne  veut pas croire, on est dans le déni; ensuite on est dans la colère on trouve bien quelqu’un à qui s’en prendre surtout que les accusations et soupçons sont nourris répétitivement. Chacun ne se renseigne qu’auprès de ceux qui pensent comme lui donc on s’enferme complètement et on part dans des hystéries accusatrices comme un enfant qui trépigne; et après il y a cette histoire de marchandage. C’est déjà un début d’adaptation qui essaie de sauver les meubles. Mais sauver quoi ? Est ce qu’on veut sauver l’essentiel ?  chacun doit se demander. Que voulons-nous essayer de sauver. Ce n’est pas toujours du premier coup  l’Essentiel. Au bout d’un moment on se rend compte que l’Essentiel c’est pas du tout dans les meubles, dans les choses, dans les théories et savoirs, ni meme dans le pouvoir. C’est dans les gens, les animaux, les saints, les fées, les dieux, c’est dans la relation à l’autre, aux autres, au Grand TOUT AUTRE, à la GRANDE TOUTE AUTRE dans l’amour, dans l’affection et beaucoup d’entre nous ont découvert combien c’était important de rester reliés même à distance et même surtout à distance. Là je vous vois et je vous aime comme vous êtes.

Je reviens à cette histoire de NOUT de SHOU et de GEB la terre, c’est-à-dire que dans l’enchaînement de mudra proposé il y a un moment où l’on s’accroupit et l’on touche le sol, on s’accroupit comme dans tout ce qui fait  apana.
Apana : c’est expirer. Mais c’est aussi faire pipi, faire caca, ne pas garder pour soi ce qui nous a nourri à un moment ou irrigué mais qui nous empoisonnerait si on le gardait. C’est fondamental, notre système digestif. On est là accroupi comme aussi pour accoucher naturellement, et on dépose, on pose,  on ne retient pas, on s’en remet et puis il y a un moment où l’on se redresse et l’on s’oriente. Il ne suffit pas de lâcher, il faut se remettre debout. C’est toujours cette dualité, il faut s’incliner et se redresser. Hop Position! Cela fait partie de ces couples d’opposés. On est redressé et l’on sait ce que l’on veut. Après être redressé on prend sa part et on soulève, on porte ensemble. On a ce mouvement de soulever et de mettre tout d’équerre (jambes, bras) comme on a construit l’architecture et comme on sait qu’on a des  fondations importantes et quand on a levé hors du marécage des effondrements, alors on s’ouvre en étoile et on est dans le « je peux ».
Ce mudra qui nous invite d’abord au souffle du vent ( SHOU) puis Shou Nout ( suivre lien)  peut nous porter très loin. En plus cela s'inscrit dans le corps.

La présence de l’étoile, l’étoile du centre, l’étoile fixe, étoile polaire c’est TARA en sanskrit. Bien avant le bouddhisme, TARA c’est «point ne se tourne qui fixe une étoile », c’est le fait d’être vraiment dans son axe et de voir tourner la voûte étoilée.
Si vous avez des insomnies et qu’il fait clair, essayez de regarder les étoiles, si c’est possible. C’est fantastique de voir par exemple Orion et de savoir quelle heure il est…On peut lire l’heure dans les étoiles,  mais surtout se rendre compte que les étoiles sont toujours là, et elles sont là tout autour…et Tara est notre boussole!

Les étoiles sont là, ce qui nous guide…(je vous en ai parlé à propos de l’étoile des rois mages),  Ce qui nous guide, Ce vers quoi nous allons, c’est toujours là. Nous pouvons l’oublier, nous pouvons le perdre, ça peut être enfermé, et nous pouvons nous effondrer sur le sol comme si NOUT  collait au sol, et qu’il n’y avait  plus d’espace pour vivre. Et c’est nier l’incarnation, c’est se croire en exil, c’est attendre que ce soit fini pour faire partie des étoiles alors que ce qui nous est demandé c’est de créer un espace,  de soulever, de vivre vraiment et d’éclairer cet espace.
C’est très bien dit aussi dans la Genèse, ou dans les autres mythes mésopotamiens,  sur la création du monde  c’est séparer les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, les ténèbres de la lumière…etc
Construire.
Donc cela semble un enseignement un petit peu paradoxal parce qu’ il y a un appel à construire pratiquement à angle droit en étayant, se redressant, avoir conscience des bases et en même temps à circuler de façon cyclique, à toujours retomber sur nos pieds dans une danse qui parfois nous semble un peu endiablée. Ne pas perdre l'équilibre et pour cela , s'engager toujours nouveau et fidèle. Etre libre, c'est être le disciple aimant de la Vie.