Nous choisissons ce qui nous nourrit, ce qui nous colore, nous sommes responsables de ces choix. Ce sont les choix d’aujourd’hui qui vont faire les conditions de vie de demain. Nous le voyons très bien quand nous tournons notre regard sur notre vie déjà écoulée qui ressemble à un destin, on a été libre parce qu’il y a le karma qui fait que nous récoltons ce que nous avons semé. Mais nous n’en sommes pas prisonniers parce que l’amour transcende tout, transfigure tout. Le pardon est une clé de l’amour. Et se pardonner à soi est très important, quand on regarde en arrière on voit que ça dessine, et quand on regarde en avant on ne sait rien d’autre que nous allons mourir. Donc la vie est infiniment précieuse. Nous pouvons donc choisir les traces que nous allons laisser. Comme l’amour ne se saisit pas, il demeurera toujours. On peut être dessaisi de tout ce qu’on a saisi. Cette pandémie est un beau cadeau : On a pu réaliser que c’est du cœur de notre fragilité, du cœur de notre impuissance que nous pouvons nous incliner, nous redresser et trouver l’amour.

La force vient de l’aveu de notre fragilité. On le sait dans nos relations de personne à personne, si nous disons à quelqu’un « tu m’as fait ci, tu m’as fait ça, tu es blessant ». L’autre va réagir par une agressivité, il se défend et le fossé se creuse. On peut dire JE, le fameux message Je, et pas la violence du « tu » c’est une clé sur le plan psychique, « J'ai vécu la situation avec chagrin, cela me blesse ». Pas « Maman tu me colles trop, j’ai besoin d’ouvrir mes ailes » la réaction vient vite : « comment, je te colle ? ».  Il vaut mieux dire « maman c’est essentiel pour moi, j’ai besoin de vivre, d’ouvrir mes ailes, de sauter du nid »

Nous sommes la sangha, nous sommes reliés par un centre. La sangha ce n’est pas un +un + un + un…C’est une sorte de communauté de pèlerins puisque nous sommes en marche, orientés vers ce centre qui est Amour infini, transfigurés mais creusés aussi, dérangés certainement (c’est sûr l’amour détruit tous nos petits arrangements). Donc nous sommes reliés par un centre, ce centre, je le dirais à la tibétaine, c’est le lama, le dharma et ça crée la sangha.

C’est ce centre qui crée le cosmos, le dharma, c’est à dire le lieu où nous pouvons vivre qui a un sens profond, et en tant que tantrica, je dirais que c’est SPANDA, la vibration, l’amour qui nous bouge dans tous les sens, l’amour qui nous empêche de nous endormir et ça crée une joie fantastique. Quand on a trouvé vraiment cet équilibre, ce jeu avec Upeksha, on trouve cette joie que transmettent tous les êtres éveillés.

Je reviens aux amours. Nous trouvons l’amour forcément par des formes et par des êtres. Tout petits nous sommes complètement dépendants de notre mère, dont nous portons encore l’odeur et quelle qu’elle soit, pour nous elle est une déesse, nous la tétons, c’est l’amour porneîa (c’est « bouffer » le sein de l’autre). C’est juste quand on est un bébé. Nous avons tous été dans cet amour Porneîa. Si à notre âge nous sommes toujours dans cet amour porneîa, ça veut dire que nous faisons de l’autre un objet qui comblerait nos demandes et nos désirs. Mais c’est tout de même une facette de l’amour et ça peut être transcendé. Ensuite nous avons tous les amours, l’amitié…et nous avons cet amour qui nous sort de notre petit moi que j’appelle EROS dans l’occident, on peut l’appeler KAMA. KAMA c’est le dieu qui fait sortir SHIVA de sa méditation. SHIVA est en méditation constamment et les dieux ont besoin qu’il se manifeste en ayant des enfants, au moins un enfant. Pour cela il faut qu’il épouse quelqu’un.

Or il est dans la douleur de l’amour depuis que sa première femme SATI (qui a donné le nom à ces femmes brûlées en Inde dans le grand feu sacrificiel) est morte. SATI revient sous une autre forme (ce n’est pas un problème pour les hindous), sous la forme d’une très jolie jeune femme PARVATI (la fille de la montagne). Elle s’assoit en face de lui et essaie d’attirer son attention en se mettant en méditation. SHIVA reste concentré, les yeux fermés, il est comme un moine, il est monos (seul). Il n’est pas dans la dualité, dans la danse de la vie.

On appelle KAMA (qui a donné le Kamasutra) c’est EROS.  KAMA lance des flèches qui sont des fleurs, et la neige fond, les oiseaux chantent, les plantes fleurissent tout se fait très vite comme dans la montagne ou le désert quand elles n’ont pas beaucoup de temps pour faire fleur, fruit et graines.

Du coup SHIVA hume le parfum du printemps et le parfum de la femme qui est à côté de lui aussi. Il entend la respiration de l’autre. Il ouvre les yeux, il se rend compte qu’il est touché et il voit que KAMA l’a dupé. Il est en colère et il ouvre son œil, le troisième œil, il foudroie et détruit le corps de KAMA. Mais KAMA reste là, il est invisible et c’est pire. Ça sera pire pour toujours parce que le dieu d’amour EROS, lance ses flèches comme KAMA, mais on ne le voit pas. On ne peut pas se prémunir contre lui, il arrive sans qu’on s’y attende. Et ça nous fait sortir de notre petit moi pour être dans notre espèce. L’amour (sexuel) au départ, c’est pour mettre en danger notre petit moi, pour oser la rencontre avec l’autre parce que c’est nécessaire pour que la vie se poursuive et qu’il y ait d’autres êtres.

Au départ c’est cela biologiquement, nous ne sommes plus dans la libido de la nourriture (maintien du corps), nous sommes dans la libido de la sexualité (maintien de l’espèce) et au-delà c’est spanda, la vibration amoureuse qui est au-delà des êtres et du monde. C’est ça qui tient le monde. Nous sommes dans un tantra, c’est-à-dire la trame et le fil que nous mettons pour faire le tissu. Nous sommes éveillés mais notre libido n’est pas seulement sexuelle, c’est l’amour du beau, de ce qui nous touche et du bien (voir échelle de Jean Yves LELOUP). Si nous ne saisissons pas de façon égotique, toutes les manifestations de l’amour nous amènent à cet amour infini, que nous appelons et qui nous habite en même temps comme dans la prière de Mataji : « Eveille en nous la paix, et l’ardeur de te chercher et te connaître ».

En fait c’est une parole de Jésus : « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ». Nous cherchons l’amour parce que nous l’avons déjà trouvé. Il est déjà là en nous, au cœur de nous et après nous jouons avec toutes ses manifestations. Il est bon de jouer puisque nous sommes incarnés et nous exerçons notre liberté de transmuter nos déchirures inhérentes à l’incarnation. « Le sens de l’incarnation est d’éprouver (on entend aussi bien épreuve que savourer) la déchirure inhérente à la dualité et d’exercer notre liberté de la transmuter ».