La loi et le pardon la miséricorde. L'intention.

Le karma a été inventé si je peux dire pour que les personnes puissent s’expliquer les malheurs qui arrivent. Un peu comme dans les religions du livre, les 3 religions (hébraïque, islamique et chrétienne) on a cette idée du péché originel. Et il n’y a pas que dans ces traditions-là. Il y a une tendance très répandue où on dit on a besoin d’être sauvé. On a perdu le paradis, c’est l’histoire de l’âge d’or. Ça va moins bien qu’avant (ce qui est une illusion...) C’est parce qu’on a mérité d'être déchus. Un peu comme les enfants qui se sentent responsables quand les parents se séparent, parce comme nous, ils se croient le centre du monde et ils trouvent un sens. La culpabilité donne un sens à quelque chose qui serait trop insupportable. Le karma est une loi de causalité. Ces événements, la vie d’aujourd’hui est la résultante d’actes posés auparavant.
 Dans la vision orientale, on estime que les actes nous suivent et c’est le karma de la personne de porter ce qu’elle a déclenché. Après s’opposent (ou se complètent ?) la ferveur, l’ouverture du cœur, la compassion et le pardon et donc La rédemption. Par exemple dans la Bhagavad-Gîta, texte paradoxal, comme tous les textes fondamentaux.
  Il y a le côté de la loi : le karma, c’est le karma. Dans ta vie actuelle tu dois assumer le karma germé qui est le tien et ça peut donner une forme de résignation même institué dans la société. Par exemple en Inde si tu es une femme ou de basse caste, tu souffres et on l'explique par un karma négatif !... Pendant longtemps dans le bouddhisme ancien, on disait que pour vivre l'éveil, il valait mieux être un homme...
 Mais dans la Bhagavad Gîta, Krishna dit « si tu te tournes vers moi avec ferveur, si tu me dédies tes actes, que tu m’offres une fleur ou un fruit alors tout est effacé dans Mon Amour ». On retrouve l’intention. C’est aussi ce que dit Jésus face au paralytique « lève-toi et marche » tu es sauvé, arrête de te rendre malade de l’indignité que tu crois payer. On connaît des personnes qui sont malades parce qu’elles sont écrasées par le poids de la culpabilité. Et le maître dit « Tu es pardonné, lève-toi et marche » et le gars se lève et il est sauvé. C’est extraordinaire. Il n’y a pas de prix à payer. C’est une religion d’amour alors que le christianisme institué n’a pas spécialement écarté le jugement la pénitence, la culpabilité. Ils ont même transformé le « tu es sauvé » de Jésus en « vous avez besoin d’être sauvés, sentez-vous pécheurs et repentez-vous ! ».

Shiva dit « mes amoureux, mes amoureuses, venez danser avec moi. Posez le pied sur l’ignorance (Mâra) redressez-vous et créez votre chorégraphie funambule ». Il est important de travailler la connaissance. Cet élan ne va pas forcément nous empêcher de subir les conséquences de ce que l’on a posé dans cette vie. Et les conséquences ne sont pas forcément liées à quelque chose dont nous sommes responsables. Par exemple nous avons un corps qui s’est composé, qui est responsable de l’univers entier puisque depuis l’œuf primordial nous sommes un corps de nourriture nous avons été nourri par l’univers entier (plantes, animaux) nous sommes composés de toutes sortes de vibrations mémoires et c’est ce qu’on en fait qui importe. Mais nous sommes aussi promis à la mort, Dieu merci sinon on n’aurait pas de naissances. Il faut que le vieux fasse la place au neuf ! Nos corps vieillissent et nous le ressentons, on sent l’entropie. Ce n’est pas parce qu’on est coupable qu’on vieillit. Dans certains milieux on a tendance à juger les personnes qui sont dans l’épreuve maladie, perte d’enfant, accident... et dire c’est que quelque part elle l’a bien mérité... Cela entretient la culpabilité et la nécessité d’un sauveur.

Donc il y a la vision du karma vécu du point de vue de la culpabilité ou de la rétribution juste et il y a la force infinie du pardon, de la rédemption et ce n’est pas la même chose.

L’offrande

 

Je ne peux que témoigner de mon expérience. Plus on est dans une relation aimante et aimée avec cette source infinie de lumière et de  paix, on a une espèce d’intimité, on peut s’adresser en disant  :   « je ne comprends pas, j’aimerai bien que ça cesse ou que ça n’est pas lieu mais je ne sais rien si c’est ainsi je dis amen j’accepte »   Je pense à l’histoire de Jésus qui est en relation avec son père et dit «  j’ai peur, j’ai mal, j’ai pas envie d’être torturé, si c’est possible j’aimerai bien passer à côté de l’épreuve, mais si c’est pas possible, j’accepte. Que ta volonté soit faite ». Je crois qu’il n’y a que ça. Ça n’enlève pas le droit de pleurer. On dit que Jésus pleure des larmes de sang. On a le droit de souffrir, de trouver que c’est très très dur. Et on peut voir surgir aux franges de notre conscience une forme de révolte, de dégout mais c’est là dans notre vie on lâche toutes les tensions contre, c’est ça l’offrande et du coup ça fait moins mal.  Quand on lâche, ce n’est pas pour que ça fasse moins mal, car au moment où on est dans l’offrande ça fait très mal. Ce n’est pas un truc pour éviter l’épreuve mais ça éclaire quelque chose en nous. Je crois que ce serait très difficile pour qui n’a aucune image de Dieu (imago dei) aucun système à quoi, à qui, pour qui, pour quoi offrir, à la grande vie...
 On voit bien surgir d’autres formes à qui on pourrait offrir, mais il ne faut pas que ce soit artificiel. Il y a intérêt à ce qu’il y ait une vraie relation à CELA.

Karma et réincarnations

Une façon proche de l’Egypte du Mayen Orient, de l’hindouisme : Il y a une entité, un être qui change de corps et d’incarnation avec un fil directeur qui est toujours le même mais non identifié à l’incarnation qui est là. Son incarnation actuelle est la conséquence de son karma et ce qu’il vit préside à sa prochaine incarnation. C’et la vision dans l’hindouisme et dans le bouddhisme du samsara, qui serait un cycle sans fin dont on aimerait s’extraire pour arriver au centre. Dans le bouddhisme chaque incarnation est un agrégat de plusieurs souvenirs de vies différentes de personnes différentes un peu comme des personnages dans une pièce de théâtre où ça peut être à la fois la victime le bourreau, le sauveur et l’indifférent dans une histoire et la personne qui renait à tous ces aspects. Dans le bouddhisme nous ne sommes personne. C’est une illusion de croire que l’on est quelqu’un et donc on arrive au nirvana, on se fond dans l’infini. Cela peut être vécu comme quelque chose de très beau, ou comme une sorte de négation de la vie. Dans cette optique-là garder souvenir de ce qui a eu lieu est mauvais. Il n’y a pas de souffrance parce qu’il n’y a personne pour souffrir. Dire qu’il n’y a pas de souffrance ne nous aide pas forcément pour savoir comment vivre. Si tout est illusion, la souffrance aussi est une illusion, l’épreuve, la joie, l’amour ....sont une illusion. Mais les bouddhistes entretiennent la mémoire des enseignements du Bouddha. Dans le côté extrême il n’y a que le «JE suis » et sinon il n’y a rien. C’est bien, sur un certain plan, mais ce n’est pas ce plan que nous sommes en train de vivre.
 Les réincarnations sont une vision qui peut aider ou enfermer. Dans le dialogue Arjuna/ Krishna et dans le tantrisme, tout est vibration, danse de l’Infini et nous sommes une goutte de cet Infini. C’est important d’être à la fois un et dans l’unité. Je ne sais pas si on se réincarne parce qu’on a une sorte de dette et qu’il faut encore rentrer dans l’illusion. Cela me semble assez épuisant et négatif. Je serai plutôt proche du christianisme qui dit que chaque personne laisse sonner en elle, à travers, per (c’est l’origine du mot personne), cette présence infinie qui est au cœur d’elle, qu’elle est, et en même temps elle est un être unique. Elle est dans une unicité. Elle est infiniment précieuse. Ce terme utilisé par les bouddhistes, Rimpoché. C’est à nous de voir ce qui va nous nourrir. Dans ma pratique thérapeute j’ai parfois utilisé une écoute de scénario, de rôles qui semblent éclairer leur vie actuelle et qu’on peut appeler des vies antérieures. Je suis sûre que des vies antérieures existent. Il faudrait être fou pour croire qu’il n’y a pas eu de vies avant nous. J’ai parfois été fascinée par les sensations précises d’une histoire qui semble éclairer les aléas traversés par une personne. Cela ne veut pas dire que cette personne &a été machin truc, mais ça veut dire qu’il y a des vibrations mémoire qui sont   la et qui sont agissantes et parfois ça peut être utile de regarder. Maintenant j’essaie de regarder sans dire. Le problème est que nous sommes tellement obnubilés par notre ego, si en plus on ajoute « j’ai été machin... » Ça surcharge plutôt. Alors non, pas dans une voie d’allègement et de transparence.

Mes deux maîtres croyaient vraiment à la réincarnation. Tous les 2, Gabriel et Mataji croyaient que nous avions plusieurs vies et qu’il y avait le temps. Ils étaient tranquilles. Ils n’étaient pas tendus dans cette expérience de sortir du samsara, de trouver l’éveil. Je ne crois pas que la vie incarnée soit une sorte de punition de laquelle il faut se sortir. Je trouve que c’est une vision extrêmement négative.
 Pourquoi ne nous aurions nous pas fait cadeau de cette vie ? Et pourquoi la manifestation ou la création serait quelque chose de pervers ? Pourquoi ce ne serait pas pour s’émerveiller et rendre grâce ? Pour rencontrer, retrouver cet infini que nous sommes et qui habite au cœur de nous.

 Je reviens à l’épreuve, ce que l’on voit quand on côtoie les personnes, on s’aperçoit que les personnes les plus pignouses sur leur vie, il ne leur est presque rien arrivé. Et quand il leur arrive quelque chose elles en font tout un plat, elles ne sont pas du tout préparées à être contrariées. Or on souffre, on se fait souffrir mutuellement, on met au monde les enfants. Ils vont souffrir. Tous les enfants sont traumatisés à mon avis, c’est pour ça que l’on a des artistes. Ce n’est pas la peine de se rendre malade à l’idée que cela doit être parfait. Ce n’est pas possible.  Mais on est aimé Pourquoi y aurait-il une espèce d’instance qui nous plongerait dans un enfer. Dans le tantrisme le samsara et le nirvana c’est la même chose. C’est une danse. Et ça ramène à l’épreuve. Est-ce que les épreuves sont là pour enrichir notre conscience ? On aurait envie de la croire. On voit des personnes qui ont traversé des épreuves terribles et qui sont rayonnantes. Alors ça fait contraste. Certaines personnes se protègent de tout et sont très malheureuses. Dans le christianisme on peut voir un masochisme spirituel, dans le fait de souffrir, comme Jésus. C’est une mauvaise compréhension. C’est peut-être bien si la personne donne un sens à sa souffrance en l’offrant et c’est elle qui donne ce sens, qui fait ce choix. Nous sommes comme des grains de sable, des étoiles dans le ciel. On sait peu de choses on a à vivre notre vie comme elle nous est donnée en essayant vraiment d’orienter notre regard. Souvent les épreuves nous font évoluer. Au début on est dans une grande souffrance et puis c’est un peu comme dans les étapes sur la mort, on peut nier, être en colère, marchander, être déprimé et finalement on peut arriver à une acceptation, un Fiat, un Mektoub, un Inch’Allah, un « que ta volonté soit faite ». On se fond dans le courant de la vie et quelquefois on remercie. Des personnes ont évoqué des épreuves très difficiles et exprimaient que, au bout d’un certain temps, Il y a le facteur temps, ces épreuves ont été la clé d’une transformation intérieure en particulier vers l’Essentiel, ramenée à l’Essentiel et du coup leur a permis de créer. Il y a une joie à créer et la joie n’est pas incompatible avec la douleur.

Il y a un beau poème de Kalil Gibran qui dit : «la douleur creuse le puit d’où jaillit la joie ». C’est la même mesure.
 Reste une interrogation éthique sur la responsabilité (qui est étymologiquement la réponse que nous apportons aux évènements). Nous pouvons discerner les faits que nous avons suscités, par notre attitude, nos négligences et ce à quoi nous sommes confrontés sans aucun lien apparent avec nos actes. Attention à notre tendance à nous culpabilise ou à culpabiliser l’autre. Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui nous arrive mais nous sommes responsables de ce que nous faisons des épreuves que nous traversons. Nous sommes dans des systèmes de pensée qui ne doivent pas nous fige, nous enfermer. (
Donner du sens ce n’est pas obligatoirement expliquer, justifier, mais plutôt orienter.  Et c’est bien donner une direction pour le futur). Nous devons danser avec. L’amour est au-delà des systèmes Mais il y a la nécessaire discrimination, l’examen de conscience (Ignace de Loyola) pas dans le mauvais sens du terme. Consciemment j’examine, je regarde ce qu’il y a dans ma vie, dans mes choix, ce que je peux modifier. Cela ne sert à rien de se culpabiliser sur ce qu’il y a eu avant. Ne pas oublier la patience, mais éviter l’enlisement en ne posant pas des actes. Il y a une longue maturation et parfois tout à coup ça s’éclaire, c’est mûr.

Accusation et délivrance, humilité.

 Le karma est un petit peu comme le thermomètre qui indique « il fait tant de degré », ce n’est pas le thermomètre qui fabrique la température, c’est un repère... . Donc le Karma nous permet de réfléchir aux lois de causalité et en même temps comme nous pouvons vivre dans la ferveur, la Bhakti, on peut faire un pas de côté, sauter en dehors du karma, par la pratique, par le souffle, on n’est pas condamnés.
 Nous sortons d’une période de Pâques où dans la religion hébraïque, jusqu’à l’arrivée du Messie, tous les morts allaient dans une sorte d’enfer, et quand Jésus est mort il descend aux enfers et va récupérer tout le monde. C’est cette idée qu’il y a une rédemption, on n’est pas fichus, on n’est jamais condamnés complètement par un karma. Même la pire des personnes, et nous en avons connu dans notre histoire, a toujours un petit point, on ne sait pas où, souvent c’est perdu, enfoui, où l’on peut essayer de se connecter à cette espérance que peut être ça va se réveiller. Donc on ne peut jamais, jamais, condamner quiconque et surtout pas, se condamner soi-même. Car quand on se condamne soi-même on condamne le monde, on condamne les autres. La non-estime de soi crée le mépris de l’autre. Le mépris de soi empêche l’estime de l’autre, même si l’on essaie de le monter au pinacle, souvent quand on ne s’estime pas on se considère comme un ver de terre amoureux d’une étoile, il y en a d’autres qui sont tellement mieux...Comparaison, poison. En fait c’est très pernicieux, ça crée un karma justement par le fait que nous ne révérons pas la lumière en nous, le divin, nous contribuons à faire du mal au monde. C’est bien de savoir que tout assombrissement de soi assombrit l’univers et toute ouverture, accueil de l’amour, de la paix, de chit la conscience, de la joie, va se répercuter vers tous les êtres et au-delà de l’espace et du temps.

Quand quelque chose arrive qui nous blesse, nous peine qui nous fait mal et en particulier ce qui nous fait le plus mal c’est de ne pas pouvoir soulager la douleur de l’autre, acceptons notre impuissance. C'est notre illusion de maîtrise qui est mise à mal. On voudrait tellement soulager la peine. Et par orgueil inversé, on s'accuse. Mais comme la mer, qui est au plus bas, et reçoit tous les fleuves, il vaut mieux s'incliner avec humilité et cesser de vouloir tout expliquer. Vraiment être au plus bas pour recevoir toutes les eaux et la fluidité. La grâce de comprendre et consentir