1- La cloche 

Raconter une légende comme celle de Pol Aurélien, c’est mettre notre mémoire et notre inconscient en résonance. C’est pourquoi on peut demander de devenir une...cloche (!), un espace vide de tout préconçu, disponible pour recevoir le coup qui va la faire vibrer à l’intérieur et résonner loin une vibration qui la dépasse. Elle a le pouvoir d’aligner et harmoniser les esprits, elle ouvre les portes de la connaissance et de l’intuition. Elle avertit et autrefois créait le paysage sonore dans lequel évoluaient nos ancêtres. La cloche de Pol Aurélien est historique, c’est l’une des plus vieilles cloches d’Europe et on peut la voir dans la cathédrale de St-Pol de Léon, troublant témoin d’une vérité historique prouvée qui s’est enrichie de symboles et légendes. Dans le récit, elle est d’abord demandée et refusée, mais elle a peut-être sa volonté propre. La voilà traversant la mer d’Armorique comme le saint et elle circule à l’intérieur d’un énorme poisson. Cela rappelle le prophète Jonas héros récalcitrant lui aussi...Et elle surgit juste au bon moment ! A nous de savoir guetter les cadeaux du hasard qui n’existe pas ! Surtout à nous de savoir dire comme dans la prière « prends toute la place », et par notre vacuité, offrir un espace à la vibration qui nous emplit et nous dépasse. C’est aussi un peu l’attention « flottante » que demandait cette conférence car on ne retient pas tout, ni tout de suite, l’essentiel c’est qu’on sème, c’est qu’on s’aime et aussi que l’humour nous allège de toute prétention comme sourit le poète Jacques Prévert, gardons-nous de croire que nous pouvons posséder la vérité : « Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche. » Chaque matin, je sonne un bol tibétain et j’écoute la Présence qui irradie. Un son de fin silence…
 



2- Le féminin

Raconté par des moines en pleine période misogyne, le féminin cependant resurgit puisque l’un ne va pas sans l’une, yin et yang. Et la narration multiplie les entrelacs celtes ou orientaux pour capturer les résonances multiples. « Il était une fois » : le merveilleux nous enchante depuis l’enfance où nous savions qu’il existe plusieurs lectures du monde, plusieurs vérités qui ne s’opposent pas forcément. Il était une FOI s’entend comme le rappel du sens que nous donnons à notre vie, un élan, un engagement, une intime conviction. Cette foi s’exprime à travers des croyances plus ou moins collectives, selon le pays, l’époque, la famille etc. Elles sont toutes respectables, parfois étranges et souvent dangereuses quand elles se veulent supérieures et exclusives. Notre héros s’embarque, confiant dans la mission qu’il se donne. Et tout comme à l’île de Batz, l’église primitive Sant Paol Aorelian, a été renommée chapelle sainte Anne, le féminin ressurgit dans cette histoire. Ana, grande déesse primitive, origine de tout le vivant, Mère de la mère... Le dragon, dragonne ? Accouche d’une perle, sainte Marguerite, martyre qui protège les femmes en couches… Bien qu’elle soit vierge puisque c’est une obsession meurtrière du patriarcat. Jeanne d’Arc est aussi une héroïne récalcitrante qui écoute ses voix avant de partir à l’aventure… C’est Marguerite qui la pousse avec sainte Catherine d’Alexandrie et l’archange Michel. Et nous, qu’est-ce qui nous met en chemin, en chevauchée, en traversée ? Comme l’huître qui enrobe de nacre l’intrusion qui la gêne, relisons les épreuves de nos vies que nous avons transformées en force puisque nous les avons traversées. Ayons une vision … épiscopique !
 


3- Le décor et l’aventurier 

Un pays relié par la mer d’Armorique alors ainsi nommée, les mouvements des paysages au cours des siècles et les migrations humaines… Pol est un enfant précoce qui refuse le pouvoir temporel et religieux, tout à sa soif d’apprendre et fuyant le roi qui veut le faire évêque. La jolie légende du miracle créé avec sa sœur , le hent Paol qui existe sous ce nom à l’île de Batz et au pays de Galles. La mer menace la côte, il trouve un accord avec le dragon des eaux, celles qui peuvent submerger, tout comme nos émotions désordonnées risquent de nous noyer.
Départ en barque – de pierre ? - et tentatives d’installations à partir d’Ouessant, mais l’ange qui le guide ne lui permettra de faire œuvre de fondateur que lorsqu’il sera arrivé à l’ancien oppidum romain ensuite appelé Kastel Paol.
Ermite de vocation, il migre et sait faire alliance au long de la côte finistérienne. Il n’est pas seul, entouré de sa communauté (Sangha), compagnons dont on retrouve les noms dans la toponymie. ( Laouénan, Hiec, Edern, Coulm, Arzel, Guénolé etc). Il est en lien avec sa chère sœur, avec les habitants qui l’accueillent - ou qu’il soumet ? Il retrouve les nombreux cousins à la mode de Bretagne, c’est à dire, la première vague de migrants bretons installés en « petite Bretagne ». Et surtout il écoute et parle avec son ange, les animaux et les dragons des éléments. Dragon de Feu qui lui donne l’ardeur de sa foi, dragon de l’Eau sur laquelle il navigue et qu’il fait à maintes reprises jaillir en fontaines miraculeuses (même si on sait qu’elles étaient là avant son arrivée, depuis l’aube des temps les fontaines sont sacrées, essentielles à l’installation des hommes), Dragon de la Terre dont il recueille les fruits et qui lui donne le vaisseau de granit, Maen Vag… plus probablement les galets qui font le lest dans son embarcation légère.

 


4- Le civilisateur

Il s’agit d’un récit de fondation, un récit commun qui relie les « cousins », c'est à dire tous ceux qui se sentent d’une même communauté. On retrouve ce maillage dans les familles, les ashrams, les sangha. Les racines… Saint Pol arrive enfin au but et transforme un territoire hostile, dangereux en « évêché » où il fait bon vivre, et c’est une question de regard. La bénédiction transforme la malédiction. Mais il reste à affronter le dragon qui n’est pas un animal et soutenir la compagnie de l’Ange qui l’amène toujours plus loin… Tayata gate !
 


 5 - Le dragon, un défi

Voici l’épisode « crucial » du face à face. Le héros et le dragon. Il ne s’agit plus d’un bestiaire fabuleux mais du dialogue en nous de la force vitale et de nos aspirations à l’infini. Ange et dragon, forces immenses au-delà de notre saisie rationnelle, mais toujours vivants. Le salut , la santé vient du caducée, l’enroulement des contraires qui s’unissent… Le dragon ravage le pays, il n’en a « jamais assez », il terrifie dans une prédation vertigineuse. C’est la puissance vitale incontrôlable comme dans la passion, le désir sans limites, monstre qui avale tout. Nous en avons des illustrations dans les sursauts de la nature déchaînée mais aussi dans l’histoire et l’actualité. La brutalité qu’aucune considération éthique ni spirituelle n'arrête . Et cela peut aussi se jouer dans l’ombre de nous...Se livrer à la cupidité, la colère, la dévoration de l’autre, à la pulsion tyrannique d’un ego tout puissant. Dans cette version, le héros sauveur se sait démuni s’il ne compte que sur lui : il demande de l’aide. Il n’ira pas tout seul, il prie, appelle une dimension qui le dépasse, et l’ange est là, comme l’archange St Michel. « La foi fait des miracles » dit l’adage. Il demande aussi un homme « qui n’a pas peur », le chevalier Nuz qui ne laisse pas sidérer par le regard tueur du dragon. La noble bravoure humaine de la résistance à ce qui est ignoble. Et puis il y a les objets chargés de signes. La crosse spirale héritée peut-être d’Egypte. Savoir stimuler et diriger cette force, source de Vie ; comme la kundalini qui s’élève en nous quand nous avons réconcilié les polarités qui nous écartèlent. L’épée, arme légendaire comme celles du roi Arthur, ou d’Aragorn dans le monde de Tolkien, il y a tant de versions qui disent : ne t’engage pas démuni, que ton engagement soit lucide. L’étole de soie, toujours visible dans l’église de Batz, elle entoure le cou du dragon ! Qu’importe une autre vérité , il y en a à foison, ce qui fait sens pour nous est empli de force ! Et justement le dragon est une Présence numineuse et sacrée dans tout l’Orient. Il est à sa place, il fait vibrer les Eléments, sans Muladhara, point de Sahasrara… C’est aussi la Shakti force de transmutation, Celle, (le dragon n’a pas de genre comme les anges ou bien il les a tous) Celui qu’on appelle avec révérence et respect. La lumière noire qui se révèle quand elle illumine un corps. C’est l’ambiguïté de Sainte Barbe, Sainte Barbare, comme par hasard patronne de Roscoff. Maîtresse des pompiers , les navigateurs et les mineurs etc : archétype puissant de ce qui protège des incendies, des tempêtes, des tremblements de terre et autres déchaînements. La boucle est bouclée, c’est le renversement qui nous sauve. Est-ce que cela nous parle ? En alchimistes dans la Voie du cœur ?

Voici



 6 - L’évêque

Un monde : le monastère à l'île de Batz, Pol se croit arrivé mais l’ange lui joue des tours. La société féodale se construit sur la parole donnée, il a juré obéissance au roi suzerain et serait parjure de refuser la charge qui lui est confiée. Et quand, récalcitrant, il essaie de se retirer, il est rattrapé par la vie : gouverner c’est servir. Mais il continue à organiser, aussi à demander la paix d’un simple moine, il ne renonce pas, sa loyauté n’est pas une prison. Il accueille ce qui vient à lui. C’est une trajectoire de liberté et de responsabilité. Un épisode, parmi d’autres, signe son engagement profond : il exerce le miracle du pardon réparation avec la transformation d’un meurtrier en saint Tanguy, « chien de feu ». il y a toujours une chance à donner, rien n’est définitivement perdu. Il accepte d’attendre avant de fusionner dans l’Amour infini et ne demande pas comme Moïse ou Arjuna d'entrer en relation directe avec Dieu. De là toute une digression sur le Mahabharata indien : les traditions apparemment éloignées se répondent et se complètent. Il suffit de cultiver une vision « épiscopique » qui s’élève au-dessus pour mieux voir, mieux servir et créer. Nous y sommes invités…

 


7 - Mort de St Pol

Pourquoi revenir sur ces histoires à rêver debout ? Peut-être se poser le sens que nous voulons donner à notre vie. Il y a, il y a eu, il y aura des appels qui nous réveillent de l’endormissement effondré ou de la rage du cynisme. « Là où est ton bras est ta tâche » dit l’ecclésiaste. Nous devons reconnaître notre impuissance fondamentale, certes, mais nous pouvons agir et vivre dans les limites reconnues. La prière des stoïciens attribuée à Marc Aurèle, puis à Saint François est maintenant connue comme celle des alcooliques anonymes : O dieux, donnez-moi la sérénité d'accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je puis et la sagesse d'en connaître la différence. Et comme tous ces saints et ces héros nous sommes invités au karma yoga dit-on en Inde : agir sans s’attacher aux fruits de l’action. La prière médiévale à St-Michel pourrait aussi bien être en d’autres termes celle d’Arjuna à son cocher Dieu Krishna dans la Bhagavad-Gita. Tout peut nous instruire. Et si l’enregistrement se termine d’une manière abrupte, j’espère que ces légendes ont pu vous enchanter. Et finir par Salut ! Namaste. Kenavo ! Madhuri.

 


8 - Et maintenant ?

Pourquoi revenir sur ces histoires à rêver debout ? Peut-être se poser le sens que nous voulons donner à notre vie. Il y a, il y a eu, il y aura des appels qui nous réveillent de l’endormissement effondré ou de la rage du cynisme. « Là où est ton bras est ta tâche » dit l’ecclésiaste. Nous devons reconnaître notre impuissance fondamentale, certes, mais nous pouvons agir et vivre dans les limites reconnues. La prière des stoïciens attribuée à Marc Aurèle, puis à Saint François est maintenant connue comme celle des alcooliques anonymes : O dieux, donnez-moi la sérénité d'accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je puis et la sagesse d'en connaître la différence. Et comme tous ces saints et ces héros nous sommes invités au karma yoga dit-on en Inde : agir sans s’attacher aux fruits de l’action. La prière médiévale à St-Michel pourrait aussi bien être en d’autres termes celle d’Arjuna à son cocher Dieu Krishna dans la Bhagavad-Gita. Tout peut nous instruire. Et si l’enregistrement se termine d’une manière abrupte, j’espère que ces légendes ont pu vous enchanter. t finir par Salut ! Namaste. Kenavo ! Un pays

 

Un pay